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Dommages causés par un fournisseur ou sous-traitant : comment récupérer via recours

Dommages causés par un fournisseur ou sous-traitant : comment récupérer via recours

 

Introduction

 

Pour une PME, un dommage causé par un fournisseur ou un sous-traitant peut perturber l’exploitation, générer des coûts non planifiés et fragiliser la gestion de trésorerie. Face à cette situation, la question essentielle n’est pas seulement de savoir si l’on peut récupérer ces pertes, mais comment structurer un recouvrement efficace, juridiquement fondé, documenté et piloté. Ce guide concret vous aide à prendre des décisions claires à chaque étape, de la documentation initiale jusqu’aux recours possibles (directs ou via assurance), avec des critères d’arbitrage pour dirigeants, CFO et responsables RH.

 

1. Notions clés : responsabilité, recours et assurance

 

1.1 Ce qu’est un recours

 

Dans le droit suisse, le recours désigne l’action par laquelle une personne ou une institution, après avoir indemnisé le dommage, se retourne contre un tiers responsable pour obtenir réparation ou remboursement. Cela s’applique aussi bien entre assureurs et parties privées qu’entre entreprises elles-mêmes.  

 

1.2 Responsabilité contractuelle et délictuelle

 

Un dommage causé par un fournisseur ou sous-traitant peut relever de deux régimes juridiques en Suisse :

 

Responsabilité contractuelle

Elle naît directement du contrat liant votre entreprise au fournisseur/sous-traitant. Le Code des obligations suisse (CO) prévoit que toute personne qui ne respecte pas ses obligations contractuelles peut être tenue de réparer les dommages en résultant.  

 

Responsabilité délictuelle (ou extracontractuelle)

Indépendamment d’un contrat, l’auteur d’un dommage causé à autrui peut être tenu de réparer le préjudice si un lien de causalité et une faute existent.  

 

1.3 Assurance responsabilité civile

 

En pratique, les entreprises recourent souvent à leur assurance de responsabilité civile (RC) pour couvrir les dommages causés par des tiers. En Suisse, la loi sur le contrat d’assurance (LCA) prévoit que le tiers lésé a un droit d’action directe contre l’assureur responsabilité civile du fautif (dans les cas où la couverture existe), sous réserve des exceptions du contrat ou de la loi.  

 

À retenir : Vous n’êtes pas seulement un créancier dans un litige de prestation : vous êtes aussi un gestionnaire de risques et un pilote de sinistre. Votre capacité à aligner les responsabilités contractuelles, l’assurance adéquate et des preuves solides déterminera l’efficacité de votre recours.

 

2. Avant le dommage : anticiper et contractualiser

 

2.1 Clauses contractuelles essentielles

 

Mettre en place des clauses claires avec vos fournisseurs ou sous-traitants est la première barrière de protection :

 

Clauses de responsabilité et limites

Préciser les obligations de résultat ou de moyens, les niveaux de responsabilité, et les exclusions de garantie, en respect du droit suisse (les clauses limitatives doivent être adaptées au cadre légal).  

 

Assurance obligatoire

Exiger la preuve d’une assurance responsabilité civile professionnelle et/ou de chantier, avec minimum de couverture défini selon le risque projet. La responsabilité collective en assurance (wrap-up) inclut souvent tous les intervenants du chantier.  

 

Clauses pénales et garanties financières

Prévoir des pénalités contractuelles (en vertu des art. 160 ss CO) et des retenues de garantie peut dissuader les comportements à risque et sécuriser financièrement un recours.  

 

2.2 Vérification documentaire systématique

 

Avant de travailler avec un sous-traitant :

  • Attestation d’assurance responsabilité civile valable

  • Certificat de paiement des cotisations sociales (AVS, LPP) et assurances accident (SUVA)  

  • Statut légal et assurances sociales du sous-traitant (indépendant vs salarié)  

 

Documenter ces pièces avant dommage est un prérequis indispensable pour un recours efficace.

 

3. Après constatation d’un dommage : piloter le sinistre

 

3.1 Constater et documenter

 

Un dommage peut être matériel, immatériel ou une perte d’exploitation. À la première alerte :

 

Documenter le plus tôt possible

  • Photos, vidéos, rapports d’experts ou de techniciens

  • Témoignages écrits

  • Copies de tous les contrats et annexes pertinentes

 

Ce qu’il faut documenter

  • Description précise de l’événement

  • Identification des parties et responsabilités contractuelles

  • Preuves de causalité entre faute et dommage

  • Estimation des coûts directs et indirects (factures, devis, arrêt de production, etc.)

 

Encadré : Liste des pièces à collecter pour un recours efficace

• Contrats et annexes signés

• Attestations d’assurance du fournisseur/sous-traitant

• Constat d’huissier ou rapport d’expert

• Photographies horodatées

• Correspondances échangées (emails, lettres recommandées)

• Devis et factures détaillés

 

3.2 Déclaration à l’assurance

 

Dès que les preuves initiales sont réunies :

  1. Déclarez le sinistre à votre propre assureur (si vous avez une RC d’exploitation ou RC produit applicable).

  2. Déclarez le sinistre à l’assureur du responsable si vous avez l’information.

  3. Indiquez clairement, dans la déclaration, l’intention de recourir contre le responsable, en annexant les preuves recueillies.

 

Une déclaration claire et documentée augmente les chances de reconnaissance de la couverture et réduit les discussions inutiles.

 

3.3 Dialogue constructif avec l’autre partie

 

Avant d’engager une procédure formelle, un échange structuré permet parfois de résoudre le différend à moindre coût :

  • Présentez les faits avec votre documentation

  • Proposez un échéancier pour réparation ou indemnisation

  • Définissez clairement ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas

 

Ce pilotage proactif limite les blocages et montre que votre entreprise gère le sinistre de manière opérationnelle.

 

4. Scénarios pratiques de recours

 

4.1 Cas pratique : dommage matériel causé par un sous-traitant

 

Une PME de services voit une installation informatique cruciale endommagée lors de travaux de maintenance exécutés par un sous-traitant externe. La PME :

  1. Constate et photographie les dégâts.

  2. Rassemble les contrats, attestations d’assurance et preuves de non-respect des procédures.

  3. Déclare au plus tôt le sinistre au propre assureur de responsabilité civile d’exploitation.

  4. Informe l’assureur du sous-traitant de sa volonté de recours.

 

La compagnie d’assurance, après expertise, engage des discussions avec l’assureur du sous-traitant pour répartition des responsabilités et indemnisation selon les clauses contractuelles.

 

4.2 Cas pratique : interruption d’exploitation due à un fournisseur défaillant

 

Un fournisseur livre une pièce défectueuse qui immobilise une ligne de production. La PME :

  • Documente précisément l’origine de la défaillance (rapports internes, retours qualité).

  • Examine le contrat de fourniture pour clauses de responsabilité produit et garanties.

  • Déclare un sinistre auprès de son assurance RC produit.

  • Engages des échanges avec le fournisseur pour réparation, remplacement ou indemnisation.

 

Selon les termes contractuels et la preuve de causalité, l’assureur peut exercer un recours contre le fournisseur ou sa propre indemnité couvre la perte nette après franchise.

 

5. Repères et check-list pour piloter un recours

Étape

Action

Objectif

Prévention

Vérifier assurances et documents

Eviter les surprises

Contractualisation

Inscrire clauses claires RC et garanties

Clarifier responsabilités

Constat initial

Photos, expertises

Ancrer la preuve

Déclaration

A votre assureur + celui du responsable

Positionner la couverture

Dialogue

Négociation structurée

Réduire litige

Recours

Formalisation juridique

Obtenir réparation

6. Erreurs fréquentes et comment les éviter

 

Erreur 1 : pas de preuve documentée

Sans preuves solides, l’assureur ou le tribunal minimise votre réclamation. Solution : documenter systématiquement dès la première alerte.

 

Erreur 2 : clauses contractuelles vagues

Clause floue = discussion sur la responsabilité. Solution : standardiser vos contrats avec clauses RC, pénales, assurances.

 

Erreur 3 : délai de déclaration non respecté

Les contrats d’assurance imposent des délais stricts. Solution : intégrer une procédure interne de notification immédiate.

 

Erreur 4 : absence d’expert technique

Sous-estimer un dommage technique réduit votre position de recours. Solution : faire appel à des experts indépendants.

 

7. Questions à poser à son assureur ou courtier

  1. Ma police responsabilité couvre-t-elle les dommages causés par un sous-traitant ou fournisseur ?

  2. Quelles sont les exclusions spécifiques à ces risques ?

  3. Quels sont les délais de déclaration à respecter ?

  4. Quelle documentation est requise pour optimiser mon dossier ?

  5. L’assureur peut-il exercer un recours subrogatoire contre le responsable ?

  6. Y a-t-il une couverture perte d’exploitation liée à ces dommages ?

  7. Quel est le montant des franchises et plafonds pertinents ?

  8. Dois-je notifier aussi l’assureur du fournisseur/sous-traitant ?

  9. Des experts techniques sont-ils recommandés ?

  10. Comment votre cabinet pilote-t-il un litige transfrontalier (si applicable) ?

 

Conclusion

 

Récupérer un dommage causé par un fournisseur ou un sous-traitant n’est pas une question de chance mais de méthode : contractualiser les responsabilités, documenter les faits, piloter le sinistre, exploiter les assurances pertinentes et, si nécessaire, engager un recours structuré. En suivant une procédure claire, tout dirigeant, CFO ou responsable RH peut transformer une situation potentiellement conflictuelle en une décision mesurée avec des résultats mesurables.

 

La prochaine étape consiste à formaliser vos contrats types pour intégrer ces principes de responsabilité et à établir une procédure interne de gestion de sinistre. Les outils de pilotage que vous mettez en place aujourd’hui éviteront des pertes de temps et d’argent demain.

 



 
 
 

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