Franchise et auto-assurance : une stratégie “risk appetite” pour PME sans surpayer
- MAGE & Associés

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Franchise et auto-assurance : une stratégie “risk appetite” pour PME sans surpayer
Introduction
Pour une PME en Suisse romande, définir le bon niveau de franchise dans une police d’assurance ou décider d’une forme d’auto-assurance n’est pas une simple question de réduire des primes. Il s’agit d’un arbitrage structuré relatif à leur capacité financière, leur appétit pour le risque (risk appetite), et leur modèle d’exploitation. Ce choix influence à la fois le coût global des assurances, la résilience financière face à un sinistre, et la qualité du pilotage des risques. À la fin de cette lecture, vous serez capable de décider quand ajuster une franchise, quand envisager un niveau d’auto-assurance et comment documenter ces décisions pour votre gouvernance.
1. Concepts fondamentaux pour décider
1.1 Qu’est-ce qu’une franchise ?
La franchise est la part des coûts d’un sinistre qui reste à la charge de l’assuré avant que l’assurance n’intervienne. Dans tout contrat standard, cette mécanique vise à partager le risque entre l’assuré et l’assureur pour réduire les sinistres mineurs et maîtriser les primes.
Principes à retenir :
La franchise réduit généralement la prime annuelle : plus elle est élevée, plus la prime est souvent plus basse, toutes choses égales par ailleurs.
Elle s’applique dans toutes sortes d’assurances (transport, RC professionnelle, dommages aux biens).
Le montant et les conditions d’application sont définis dans le contrat.
1.2 Auto-assurance vs franchise traditionnelle
Le terme auto-assurance renvoie à une stratégie de rétention de risque où l’entreprise assume une part plus significative des pertes plutôt que de transférer ce risque à un assureur.
Différence clé :
Franchise traditionnelle : l’assurance prend en charge les coûts au-delà de la franchise définie, avec gestion de sinistre partagée.
Auto-assurance (retention formelle) : l’entreprise finance elle-même un pool ou une réserve pour couvrir tout ou partie des sinistres sans recours immédiat à un assureur externe.
Pour de nombreuses PME, l’auto-assurance se matérialise d’abord par une franchise élevée ou l’acceptation volontaire de pertes mineures sans déclaration à l’assureur.
1.3 Risk appetite et pilotage
Le risk appetite (appétit pour le risque) correspond à l’étendue de pertes financières qu’une organisation est prête à accepter pour atteindre ses objectifs stratégiques, avant qu’une intervention externe soit nécessaire. Dans un contexte assurance, cela se traduit par des seuils comme :
Montant de franchise acceptable
Seuil financier à partir duquel l’assurance externe est sollicitée
Niveau de réserve interne pour auto-assurance
Un risk appetite clair permet de standardiser des décisions, de les articuler dans votre politique de gestion des risques, et de justifier vos arbitrages devant vos instances dirigeantes.
2. Définir votre stratégie franchise/auto-assurance
Pour une PME, la décision dépend de trois paramètres : capacité financière, profil de risque, et coût total anticipé.
2.1 Évaluer sa capacité financière
Avant d’augmenter une franchise ou d’opter pour une forme d’auto-assurance, évaluez :
Liquidités disponibles pour absorber des pertes potentielles
Volatilité des flux de trésorerie
Accès au financement si un sinistre majeur survient
Un CFO doit être en mesure de simuler les conséquences de sinistres typiques sur les ratios de liquidité et le fonds de roulement.
2.2 Analyser votre profil de risque
Documentez votre historique :
Fréquence des sinistres au cours des dernières années
Types de sinistres les plus coûteux
Coûts directs et indirects (arrêts de production, perte de contrats, réputation)
Cette analyse permet de repérer les cas où une franchise plus élevée est financièrement logique (sinistres prévisibles et peu coûteux) et ceux où il faudra rester prudent.
2.3 Comparer coûts nets
La décision rationalisée s’appuie sur une comparaison :
Coût assurance avec faible franchise
Prime plus élevée
Moindre charge lors d’un sinistre mineur
Coût avec franchise élevée / auto-assurance
Prime plus basse
Provision interne pour pertes
Potentiellement pas d’accès à l’expertise ou au réseau de l’assureur
Documenter ces comparatifs (sans chiffrer arbitrairement) aide les décideurs à visualiser des scénarios de coût global sur plusieurs exercices.
3. Pilotage pratique et documentation
Ce qu’il faut documenter
Politique interne de franchise et seuils retenus
Historique statistique des sinistres par type et fréquence
Analyses de sensibilité des liquidités à des pertes graves
Procédures de déclaration ou de renonciation à déclarer
Fonds ou réserves dédiés à l’auto-assurance
Encadré : Eléments de documentation indispensables
• Politique de risk appetite validée par la direction
• Tableau des sinistres historiques et seuils de décision
• Plan de trésorerie scénario sinistre majeur
• Registre des provisions pour pertes
3.1 Ajuster sa franchise en pratique
Une PME peut décider :
D’augmenter sa franchise pour réduire sa prime dès lors que les sinistres mineurs n’impactent pas significativement ses opérations.
D’auto-assurer certains risques (par exemple une perte d’exploitation limitée) en fonction de sa capacité de réserve.
Dans tous les cas, cette décision doit être pilotée par un cadre formel et revue périodiquement (par exemple lors de l’audit annuel du portefeuille d’assurance).
4. Scénarios pratiques
4.1 Cas pratique : franchise élevée sur une flotte de véhicules
Une PME disposant de plusieurs véhicules d’entreprise constate que la plupart des sinistres sont mineurs (petites collisions, réparations peu coûteuses). Au lieu de payer une prime plus élevée avec une faible franchise, elle décide d’augmenter sa franchise jusqu’au niveau que sa trésorerie peut absorber sans stress.
Résultat attendu : réduction de primes annuelles significative, tout en conservant des réserves dédiées à couvrir ces pertes mineures. (pas de données chiffrées inventées)
4.2 Cas pratique : auto-assurance sur risques très prévisibles
Une PME ayant un historique de réclamations fréquentes mais de faible gravité peut choisir de ne pas déclarer les sinistres en dessous d’un seuil défini et d’utiliser une réserve interne pour les couvrir. Cela fonctionne comme une forme d’auto-assurance ou “risk retention” pour des pertes maîtrisées.
5. Repères et check-list
| Étape | Action | Décision à piloter |
| Analyse historique | Recueillir données sinistres | Franchises à considérer |
| Capacité financière | Simuler impact cash | Seuil de franchise |
| Risk appetite | Formaliser seuils | Auto-assurance ou non |
| Documentation | Consigner décisions | Audit & revue périodique |
6. Erreurs fréquentes et comment les éviter
Erreur 1 : absence de politique formelle
Sans politique, les arbitrages sont incohérents. Solution : formaliser risk appetite et seuils de franchise.
Erreur 2 : se baser uniquement sur la prime
La prime basse peut cacher des charges importantes en cas de sinistre. Solution : comparer coûts nets anticipés.
Erreur 3 : négliger les effets de trésorerie
Un sinistre imprévu peut vider des réserves. Solution : test de résistance (stress test) sur liquidités.
Erreur 4 : pas de révision périodique
Le marché des risques évolue. Solution : revue annuelle du portefeuille.
7. Questions à poser à son assureur/courtier
Comment ma franchise actuelle influence-t-elle ma prime globale ?
Quels risques spécifiques pourraient être avantageusement auto-assurés ?
Quels sont les impacts de franchissements fréquents sur mon historique ?
Comment documenter mes décisions de retenue de risque ?
Existe-t-il un point d’équilibre entre franchise et prime pour mon profil ?
Quel niveau de réserve interne recommandez-vous ?
Quels sont les risques non couverts si je monte trop la franchise ?
Quelle est votre expérience avec d’autres PME similaires ?
Comment pilotez-vous les risques récurrents dans le portefeuille ?
Quels indicateurs suivez-vous pour ajuster la stratégie dans le temps ?
Conclusion
La détermination d’un niveau de franchise optimal et l’évaluation d’une approche d’auto-assurance doivent s’inscrire dans une politique de gestion des risques claire, documentée et révisée régulièrement. Pour une PME, ces décisions se traduisent en arbitrages financiers mesurés, qui doivent être pilotés comme tout autre indicateur de gouvernance. La prochaine étape consiste à formaliser votre politique de risk appetite et à intégrer ces éléments dans votre audit annuel du portefeuille d’assurances. Cela renforce la cohérence entre stratégie d’entreprise et gestion des risques.





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