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Protection juridique : dans quels litiges elle sauve réellement une PME

  • 10 févr.
  • 9 min de lecture

Introduction

 

Une protection juridique ne “supprime” pas les conflits. Elle vous donne une capacité opérationnelle : comprendre votre position, choisir une stratégie, engager un avocat si nécessaire et absorber les coûts de la procédure. Pour une PME, c’est souvent là que tout se joue : décider vite, documenter proprement, tenir une ligne.

 

Dans cet article, vous allez identifier les litiges où la protection juridique sauve réellement une PME en Suisse, ceux qui exigent une couverture complémentaire, et ceux qui restent généralement hors périmètre. À la fin, vous aurez une check-list de pilotage (contrats, modules, exclusions, documents) et 10 questions à poser à votre assureur/courtier.

 

1) Ce que la protection juridique fait vraiment (et ce qu’elle ne fait pas)

 

Une logique simple : financer la défense et la procédure, pas le dommage

 

La protection juridique intervient sur les moyens juridiques : conseil, représentation, frais de procédure, expertises. Certains assureurs détaillent explicitement cette prise en charge des frais d’avocats, de médiateurs, d’expertises et des frais de tribunal/procédure. 

 

À l’inverse, elle ne remplace pas une assurance de responsabilité civile (qui indemnise un tiers), ni une assurance “choses” (qui couvre vos biens). Elle vous aide à faire valoir vos droits ou à vous défendre quand le conflit devient juridique.

 

Pourquoi elle “sauve” : quand il faut avancer, contester, prouver

 

Dans la pratique suisse, la barrière n’est pas seulement “avoir raison”. C’est aussi pouvoir aller au bout : avancer des frais, supporter une expertise, tenir une procédure. AXA-ARAG rappelle ce point de manière très concrète : la protection juridique d’entreprise protège notamment contre des coûts élevés et prend en charge, par exemple, des frais de procédure et de justice. 

 

Pilotage : la couverture est modulaire

 

Sur le marché suisse, la protection juridique entreprise est fréquemment modulaire : un socle “vie quotidienne/exploitation” et des modules (collaborateurs, contrats, circulation, fiscalité, données, etc.). AXA-ARAG décrit une structure modulaire avec un module de base et des modules additionnels selon les risques. 

CAP décrit aussi une composition par modules (base, contractuelle, domaines spécifiques, circulation). 

Protekta présente une logique de prestations “exploitation / circulation / biens immobiliers” avec des sous-domaines (collaborateurs, locaux, assurances, autorités, conseil). 

 

Décision de gouvernance : une PME n’achète pas “une PJ”. Elle choisit un périmètre, puis documente les exclusions acceptées.

 

2) Les litiges où elle sauve le plus souvent une PME

 

Ici, “sauver” signifie : éviter l’inaction, réduire l’incertitude, permettre une stratégie et une exécution (mise en demeure, négociation structurée, conciliation, action).

 

2.1 Litiges employeur–employé (droit du travail)

 

C’est un cas classique : contestation d’un licenciement, prétentions salariales, vacances, permis, certificats de travail. AXA-ARAG cite explicitement des litiges de droit du travail (licenciement, vacances, prétentions salariales, autorisations) dans son module “Collaboratrices et collaborateurs”. 

Protekta mentionne les conflits avec employés dans le périmètre “exploitation”. 

 

Pourquoi c’est un “vrai” cas de protection juridique : parce que la dimension émotionnelle est forte, la documentation est décisive, et l’issue dépend souvent de la maîtrise procédurale (calendrier, preuves, stratégie).

 

Mini-cas pratique 1 (scénario)

Vous licenciez un collaborateur. Après la notification, il annonce une incapacité de travail et conteste le congé. Sans protection juridique, beaucoup de PME improvisent : échanges informels, écritures incomplètes, risques d’erreur de procédure. Avec une PJ, l’objectif est de piloter : qualifier le litige, cadrer les écrits, décider d’une conciliation ou d’une défense, et documenter chaque étape (faits, dates, pièces RH, échanges).

 

2.2 Litiges avec clients, fournisseurs et prestataires (contrats)

 

C’est la zone où la PME perd le plus de temps : facture contestée, qualité discutée, délais, pénalités, responsabilité contractuelle.

 

Orion donne des exemples très concrets : un client refuse de payer le travail réalisé ; en tant que client, vous recevez des pièces de rechange de mauvaise qualité et vous avez besoin d’un remplacement rapide. 

CAP prévoit un module “protection juridique contractuelle” pour les litiges avec clients, fournisseurs, prestataires et artisans. 

AXA-ARAG décrit un module “Clients et fournisseurs” couvrant des litiges découlant de contrats avec ces parties. 

 

Mini-cas pratique 2 (scénario)

Un client clé refuse de payer, invoquant une non-conformité. Votre équipe opérationnelle veut “faire un geste”, votre CFO veut “tenir la marge”. La protection juridique est utile si vous l’utilisez comme outil de décision : analyse contractuelle, stratégie de preuve (livrables, validation, emails), mise en demeure cadrée, puis conciliation/tribunal si nécessaire. Le gain n’est pas seulement financier : c’est d’éviter une perte de contrôle sur un dossier qui contaminerait vos équipes.

 

2.3 Litiges liés aux locaux professionnels : bail, voisinage, accès

 

Dans les PME, les litiges “infrastructures” sont fréquents : désaccord sur le bail, travaux, nuisances, accès, voisinage.

 

AXA-ARAG inclut, dans son module de base, des questions juridiques liées aux biens immobiliers assurés en Suisse, par exemple en tant que locataire (bail à loyer ou à ferme). 

Orion cite explicitement le cas du locataire qui n’arrive pas à s’accorder avec le propriétaire de l’entrepôt, ou du propriétaire dont l’accès est bloqué. 

Protekta annonce une couverture “locaux commerciaux et construction” dans ses domaines. 

 

2.4 Litiges avec des autorités : autorisations, décisions administratives, fiscalité

 

Pour une PME, un refus d’autorisation, une décision administrative ou un dossier fiscal peut devenir un risque opérationnel.

 

Protekta cite des problèmes liés à une autorisation d’exploitation et le domaine du droit fiscal. 

CAP indique, dans ses modules spécifiques, des domaines comme le droit fiscal. 

AXA-ARAG mentionne, dans les exemples du module de base, des questions liées à des autorisations, des impôts, ou encore des assurances. 

 

Point de gouvernance : ici, l’enjeu est le délai. La PJ “sauve” quand elle permet d’activer rapidement une lecture juridique et de décider si vous contestez, négociez, ou adaptez votre exploitation.

 

2.5 Litiges avec d’autres assureurs (refus de prestations, interprétation de clauses)

 

Oui : la protection juridique peut servir… contre une assurance, lorsque votre entreprise conteste un refus de prestations ou une interprétation restrictive.

 

AXA-ARAG inclut des litiges en lien avec des assurances dans le périmètre “Quotidien professionnel”. 

Orion donne l’exemple d’une assurance indemnité journalière qui repousse un versement (dans leur illustration de cas). 

Protekta liste aussi “Assurances” dans ses domaines couverts. 

 

2.6 Litiges “sensibles” : données, concurrence, propriété intellectuelle

 

Dans beaucoup de PME, ces risques montent vite : protection des données, concurrence déloyale, marque, droits d’auteur.

 

AXA-ARAG cite la protection des données et cybersécurité (litiges liés à violations de protection des données, usurpation d’identité, etc.) et la propriété intellectuelle (brevets, marques, droit d’auteur). 

CAP mentionne, côté “Multi Risk”, la protection des données et la propriété intellectuelle. 

Le PDF Protekta (édition 01.2024 via GastroSuisse) décrit des litiges en droit de la propriété intellectuelle (brevets, marques, design, droit d’auteur, licences). 

 

3) Là où elle ne “sauve” pas : limites et exclusions qui changent la décision

 

Une protection juridique est utile si vous savez ce que vous achetez… et ce que vous acceptez de ne pas couvrir.

 

3.1 Litiges déjà en cours

 

C’est une limite de principe : la couverture suppose que l’élément déclencheur naisse pendant la durée d’assurance et que le cas soit déclaré durant la période. AXA-ARAG le précise : les litiges en cours ne peuvent pas être couverts ; il faut conclure en amont. 

 

3.2 Infractions intentionnelles

 

Le PDF Protekta (édition 01.2024) mentionne comme non assurées, par exemple, des infractions où il est reproché d’avoir agi intentionnellement. 

 

3.3 Certains litiges immobiliers et de droit des sociétés

 

Toujours selon ce même document, ne sont pas assurés, par exemple, des litiges liés à l’achat/vente de biens immobiliers, des litiges relevant du droit des sociétés, et “de nombreux litiges de droit public avec des autorités” (exemples donnés). 

 

Décision : si votre PME est en croissance externe, en restructuration ou en opérations immobilières, la PJ “exploitation” seule ne suffit pas forcément. Vous devez cartographier précisément les opérations et demander une confirmation écrite de couverture.

 

3.4 Le recouvrement n’est pas toujours “illimité”

 

Certaines offres prévoient des limites ou des modules spécifiques pour l’encaissement/recouvrement. AXA-ARAG indique, par exemple, un recouvrement de créances inclus “par année d’assurance” dans un module “Clients et fournisseurs”, et propose une extension “Encaissement PLUS” pour élargir la couverture. 

CAP cite aussi un domaine “recouvrement de créances” dans ses modules spécifiques. 

 

4) Comment décider : une grille de pilotage “piloter, documenter, suivre”

 

4.1 Piloter : classer vos litiges probables

 

Faites un inventaire réaliste, par activité :

            •          RH : embauche/fin de rapports, certificats, conflits individuels

            •          Contrats : livraisons, qualité, retard, non-paiement, prestations

            •          Locaux : bail, travaux, voisinage, accès

            •          Autorités : autorisations, décisions, fiscalité

            •          Assurances : refus, interprétation, contestations

            •          Données/IP : protection des données, marque, contenus, concurrence

 

Ensuite, alignez vos modules. Les assureurs décrivent explicitement des blocs de couverture proches de ces familles (exploitation/vie quotidienne, collaborateurs, clients/fournisseurs, circulation, fiscalité, données, PI). 

 

4.2 Documenter : décider avec des preuves et des confirmations écrites

 

Objectif : éviter la surprise “hors couverture” le jour J.

 

Encadré “Ce qu’il faut documenter”

            •          Liste des entités assurées : société, succursales, organes, collaborateurs couverts (selon police)

            •          Modules souscrits et périmètres (exploitation, contrats, collaborateurs, circulation, immobilier, fiscal, données/PI)

            •          Exclusions majeures acceptées (et pourquoi)

            •          Process interne “déclencheur de déclaration” : qui contacte l’assureur, quand, comment

            •          Modèles d’écrits : mise en demeure, procès-verbal interne, conservation des preuves (emails, tickets, livrables)

            •          Inventaire des contrats critiques (clients, fournisseurs, bail, IT, sous-traitance)

 

4.3 Suivre : un rituel trimestriel très léger

            •          Revue des litiges “faibles signaux” (avant qu’ils ne deviennent contentieux)

            •          Revue des contrats à risque (clauses pénales, responsabilité, résiliation)

            •          Mise à jour de l’activité (nouveaux services, nouvelles juridictions, nouveaux canaux)

 

Repères et check-list

 

Tableau de décision (sans chiffres inventés)

 

Type de litige           Ce que la PJ apporte           À vérifier dans la police

Employés (licenciement, prétentions, certificats)         stratégie, défense, procédure       module collaborateurs / périmètre RH 

Clients / fournisseurs (contrats)    mise en demeure, conciliation, action     module contractuel / clients-fournisseurs 

Non-paiement          cadrage juridique du recouvrement         limites / extension encaissement 

Bail / locaux / voisinage      défense et action liées au site       couverture locataire/propriétaire 

Autorités / fiscal      recours et dossiers administratifs périmètre autorités / fiscal 

Assurances (refus de prestation)  contestation et procédure “assurances” inclus ? 

Données / PI / concurrence           gestion d’un litige technique         module données/PI/concurrence 

 

Checklist “30 minutes” (audit annuel)

            1.         Cartographier vos 6 familles de litiges probables (RH, contrats, locaux, autorités, assurances, données/IP)

            2.         Aligner modules et périmètres (ce qui est couvert / à compléter / hors périmètre)

            3.         Relire 5 exclusions majeures (litiges existants, intentionnel, immobilier achat/vente, droit des sociétés, droit public spécifique) 

            4.         Vérifier la gouvernance : qui déclenche une déclaration, qui valide la stratégie, qui conserve les preuves

            5.         Mettre à jour le dossier “preuves” : contrats, emails, PV, factures, livrables

 

Erreurs fréquentes et comment les éviter

            1.         Acheter “une PJ” sans la rendre opérante

Solution : définir vos litiges probables et choisir les modules cohérents. Les assureurs eux-mêmes décrivent cette logique modulaire. 

            2.         Découvrir trop tard que le litige préexistait

Solution : instaurer un réflexe “signal faible” et déclarer dès que le besoin d’assistance apparaît ; ne pas attendre l’escalade. AXA-ARAG précise que les litiges en cours ne sont pas couverts. 

            3.         Confondre recouvrement et litige contractuel

Solution : distinguer “créance non contestée” et “créance contestée”, et vérifier les limites / extensions prévues. 

            4.         Oublier les exclusions structurantes (immobilier, sociétés, droit public)

Solution : faire confirmer par écrit les cas à enjeu et garder la trace (email, annexe). Le document Protekta illustre des exclusions typiques (achat/vente immobilier, droit des sociétés, certains litiges de droit public). 

 

Questions à poser à son assureur/courtier

            1.         Quels modules exacts couvrent nos litiges RH (licenciement, prétentions, certificats, permis) ? 

            2.         Les litiges contractuels avec clients/fournisseurs sont-ils couverts par un module dédié ? 

            3.         Le recouvrement de créances : quelles limites, quelles conditions, quelles extensions ? 

            4.         Sommes-nous couverts en tant que locataire et/ou propriétaire pour nos locaux ? 

            5.         Quels litiges “autorités” sont inclus, et lesquels sont exclus ? 

            6.         Les litiges avec d’autres assureurs (refus de prestation) sont-ils dans le périmètre ? 

            7.         Protection des données / cybersécurité : quels types de litiges sont couverts, à quelles conditions ? 

            8.         Propriété intellectuelle et concurrence : est-ce inclus, et pour quels droits ? 

            9.         Quelles exclusions majeures devrions-nous considérer comme “non négociables” pour notre activité ? 

            10.      En cas de conflit d’intérêts ou divergence sur la stratégie, quels sont nos droits (choix de mandataire, arbitrage) ? 

 

Conclusion

 

La protection juridique “sauve” une PME quand elle transforme un conflit en dossier piloté : qualification, stratégie, preuves, procédure, exécution. Elle est particulièrement décisive sur les litiges RH, contractuels, baux/locaux, dossiers avec autorités, contestations d’assurances et certains litiges données/IP, à condition d’avoir les bons modules et d’accepter consciemment les exclusions. 

 

Prochaine étape : faites un audit de portefeuille en 30 minutes (check-list ci-dessus), puis demandez une confirmation écrite des 3 scénarios les plus risqués pour votre PME. C’est la base d’un pilotage clair, cohérent et suivi.

 
 
 

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