IJ maladie PME: choisir délai d’attente et couverture
- MAGE & Associés

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1) Pourquoi la maladie coûte souvent plus cher que l’accident, pour une PME
Dans beaucoup de PME romandes, on parle spontanément de “risque accident” parce que la LAA est obligatoire et bien visible. Pourtant, sur le plan financier, l’arrêt maladie est souvent plus déstabilisant. Pourquoi?
En accident, le cadre légal et l’assureur sont identifiés, et l’indemnité journalière LAA prend le relais rapidement (dès le 3e jour, 80% du gain assuré).
En maladie, le système est plus fragmenté: obligation de maintien du salaire selon le Code des obligations, CCT éventuelle, puis assurance d’indemnités journalières (facultative mais très répandue).
La conséquence est simple: si vous ne structurez pas votre couverture “IJ maladie”, vous supportez un risque de trésorerie, mais aussi un risque RH (tensions, sentiment d’injustice, contestation d’un certificat médical, etc.).
Objectif: vous donner un cadre de décision concret pour choisir une IJ maladie adaptée à votre réalité genevoise ou vaudoise.
2) Le point légal incontournable: maintien du salaire en cas de maladie
En Suisse, l’employeur doit, sous certaines conditions, continuer à verser le salaire lorsque le collaborateur est empêché de travailler sans faute de sa part (maladie, notamment). C’est le principe du maintien du salaire (souvent rattaché à l’art. 324a CO dans la pratique). Les détails varient selon l’ancienneté, la jurisprudence et parfois les conventions collectives.
Le SECO met à disposition des questions fréquentes et des clarifications pratiques sur le maintien du salaire en cas de maladie.
Ce qu’il faut retenir côté PME:
L’obligation existe même sans assurance IJ maladie.
Sans couverture, l’employeur paie “sur fonds propres” pendant la période de maintien.
Plus l’arrêt se prolonge, plus le risque de déséquilibre augmente, surtout si vous avez peu de marge ou des postes clés difficiles à remplacer.
Exemple chiffré:
Collaborateur à 7’000 CHF/mois (84’000/an si 12 mois, ou plus avec 13e).
Même un maintien partiel sur quelques mois peut représenter des dizaines de milliers de CHF, sans compter le coût du remplacement temporaire, la perte de productivité et la surcharge de l’équipe.
3) IJ maladie: à quoi sert l’assurance, concrètement
Une assurance d’indemnités journalières maladie (souvent appelée IJ maladie) vise à remplacer une partie du salaire lorsque le collaborateur est incapable de travailler pour cause de maladie.
Les autorités suisses expliquent que, dans la pratique, la plupart des assurances indemnités journalières maladie versent au moins 80% du salaire pendant 720 à 730 jours sur une période de 900 jours.
C’est un standard important car il “colle” bien à la réalité des arrêts longs:
la durée peut couvrir des traitements lourds et des périodes de réadaptation
elle permet de gérer le délai avant une éventuelle décision AI (qui intervient en principe après un temps conséquent)
elle protège aussi l’employeur contre un maintien du salaire trop long et imprévisible
4) Les 6 paramètres qui font 90% de la qualité d’un contrat IJ maladie
Quand on compare des offres, beaucoup de PME se focalisent sur le prix. Le bon réflexe est plutôt de comparer les paramètres suivants, car ils déterminent la performance réelle de la couverture.
Paramètre 1: le délai d’attente (3, 7, 14, 30, 60, 90 jours…)
Le délai d’attente est la franchise temporelle: pendant cette période, l’assurance ne verse rien (ou pas encore). Plus le délai est court, plus la prime est élevée.
Décision pratique:
Délai court (14 jours): protège très vite votre trésorerie, utile si vous avez peu de réserves ou des salaires élevés.
Délai moyen (30 jours): souvent un compromis PME.
Délai long (60 ou 90 jours): moins cher, mais vous assumez un risque plus long, ce qui peut être difficile si vous avez 1 à 2 arrêts simultanés.
Méthode simple pour choisir:
Calculez votre “capacité d’absorption” en CHF: combien de mois de salaire pouvez-vous financer sans stress?
Calculez le coût d’un arrêt long (exemple plus bas).
Choisissez le délai d’attente qui met votre risque résiduel à un niveau acceptable.
Paramètre 2: le taux de remplacement (souvent 80%)
Le standard de marché est 80% (ce qui est aussi un repère utilisé couramment).
Certaines entreprises choisissent 100% pour des profils spécifiques, mais cela coûte plus et demande une discipline de gestion.
Paramètre 3: la durée maximale (souvent 720 à 730 jours sur 900)
C’est la partie “filet de sécurité” pour les cas lourds.
Attention: comparez toujours “jours payés” et “période de référence” (ex: 730 jours sur 900). Deux offres peuvent sembler similaires mais ne pas l’être.
Paramètre 4: définition du salaire assuré
Question clé: le salaire assuré inclut-il:
13e salaire?
bonus garanti?
commissions?
indemnités fixes (ex: astreinte)?
Il n’existe pas une réponse universelle: c’est contractuel. C’est justement une source fréquente de litiges.
Paramètre 5: répartition des primes employeur/employé
Certaines entreprises prennent tout en charge; d’autres partagent. Le choix est RH autant que financier. Il doit être cohérent avec:
votre politique de rémunération
votre positionnement employeur (attractivité)
votre budget total “coûts du personnel”
Paramètre 6: gestion des cas et coordination RH
Une IJ maladie performante n’est pas seulement un versement. C’est aussi:
un processus de contrôle médical (si nécessaire)
des mesures de réadaptation et de retour progressif
une coordination avec l’AI et la prévoyance (LPP) en cas d’invalidité durable
5) Chiffrage: comment estimer le coût d’un arrêt long dans votre PME
Prenons un exemple réaliste, très fréquent en PME.
Cas: collaborateur à 95’000 CHF/an (13e inclus), arrêt maladie longue durée (par exemple 8 mois).
Sans IJ maladie:
Vous pouvez être amené à assumer une partie importante du salaire sur une période significative (selon ancienneté et situation).
Vous payez aussi les coûts indirects: remplacements, intérim, surcharge, retards projets.
Avec IJ maladie standard:
Hypothèse: 80% du salaire assuré, après délai d’attente, pendant jusqu’à 720/730 jours.
80% de 95’000 = 76’000 CHF/an, soit environ 6’333 CHF/mois.
Sur 8 mois, l’assureur verserait (après délai d’attente) un montant très significatif, réduisant votre charge directe.
Ce calcul n’est pas “théorique”. Il sert à choisir votre délai d’attente:
Si vous prenez un délai d’attente de 30 jours, vous financez environ 1 mois, puis l’assurance prend le relais.
Si vous prenez 90 jours, vous financez environ 3 mois: sur 95’000/an, cela représente rapidement plus de 20’000 CHF de charge directe, avant même que l’assurance n’intervienne.
6) Les erreurs fréquentes en IJ maladie (et leurs conséquences)
Choisir un délai d’attente trop long “pour économiser”
Conséquence: la prime baisse, mais votre risque résiduel explose. Un seul arrêt long peut annuler plusieurs années d’économie.
Ne pas définir correctement le salaire assuré (13e, bonus, commissions)
Conséquence: au sinistre, l’assureur calcule sur une base inférieure à ce que le collaborateur attendait. Tension RH, perte de confiance.
Confondre “IJ maladie” et “LAA”
Accident et maladie obéissent à des logiques différentes. En accident, l’indemnité journalière LAA est à 80% dès le 3e jour.
En maladie, sans IJ, vous retombez sur l’obligation de maintien du salaire et les pratiques internes.
Ne pas prévoir une procédure “certificat médical + communication”
Conséquence: la PME gère au cas par cas, multiplie les exceptions, et s’expose à des conflits.
Ignorer la dimension “retour au travail”
Un contrat bien choisi doit soutenir un retour progressif, sinon vous payez plus longtemps, même avec assurance.
7) Checklist: choisir et déployer une IJ maladie en PME (GE/VD)
A) Avant de demander des offres
Carte des effectifs: âge, métiers, part-time, salaires, frontaliers, turnover.
Analyse de risque: historique absences, postes critiques.
Budget: capacité à absorber 1 à 3 mois de salaire sur 1 ou 2 cas simultanés.
B) Comparer les offres sur une base comparable
Délai d’attente: identique entre offres.
Taux de remplacement: identique (souvent 80%).
Durée: 720/730 jours sur 900, ou autre.
Salaire assuré: inclut 13e? bonus? commissions?
Exclusions et réserves: conditions préexistantes, procédure médicale.
Processus de gestion de cas: interlocuteurs, délais, reporting.
C) Déploiement RH et paie
Règlement interne: qui fait quoi, dans quels délais.
Template de communication au collaborateur.
Formation managers: comment réagir sans maladresse.
Processus “retour progressif” (partiel, aménagement).
8) Deux scénarios romands très concrets
Scénario 1: PME IT à Lausanne, 18 personnes, 2 postes clés
Un développeur senior tombe malade pour plusieurs mois. Sans IJ maladie, la PME paie une part du salaire et doit sous-traiter en urgence. Le coût total devient:
salaire maintenu
sous-traitance plus chère que l’interne
retard projet, pénalités potentielles
Avec une IJ maladie bien calibrée (délai 30 jours), l’entreprise finance une franchise maîtrisable, puis l’assurance couvre une grande partie du coût salarial, ce qui libère du budget pour l’externe.
Scénario 2: PME de services à Genève, forte population frontalière
Les arrêts longs existent, mais la PME est surtout exposée à des arrêts “moyens” (4 à 8 semaines) plus fréquents. Ici, un délai d’attente trop long (60-90) peut coûter plus que prévu, car les arrêts n’atteignent pas toujours le moment où l’assurance commence à payer. La décision peut être d’opter pour 14 ou 30 jours afin d’absorber mieux ce profil de risque.
Conclusion
L’assurance IJ maladie n’est pas “un extra”. C’est un outil de stabilisation financière et sociale pour une PME, particulièrement en contexte romand où la pression sur les talents et les salaires rend les arrêts longs coûteux.
Si vous devez retenir une méthode:
choisissez le délai d’attente en fonction de votre capacité réelle à financer une franchise en cash
verrouillez la définition du salaire assuré (13e, bonus)
standardisez votre procédure RH
Référence pratique utile: les autorités rappellent que la plupart des couvertures IJ maladie versent au moins 80% du salaire pendant 720 à 730 jours sur 900 jours.
Et, pour rappeler la différence avec l’accident: l’indemnité journalière LAA est à 80% du gain assuré dès le 3e jour après accident.


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